Le dumping social

Nous avons récemment fait installer des panneaux photovoltaïques sur notre maison par une entreprise spécialisée française domiciliée à Paris (je rappelle aux lecteurs qui l’ignoreraient que nous habitons à l’extrême pointe du Finistère). Il est vrai que pour le coup nous ne nous attendions pas à accueillir deux ouvriers étrangers : l’un Roumain, l’autre Moldave. Soit, même si parfois la barrière de la langue a pu s’avérer un peu gênante, cela ne nous posait pas de problème outre-mesure du moment que le travail que nous leur demandions soit bien fait. Il se trouve qu’en fait l’entreprise avec laquelle nous avons signé sous-traitait avec une autre entreprise pour la pose de son matériel.

Seulement voilà, tout ne s’est pas déroulé dans les meilleures conditions… Je n’épiloguerai pas sur la qualité du travail effectué qui, bien que laissant parfois à désirer, ne fait pas l’objet de cet article. Je ne parlerai pas non plus du fait que des ouvriers étrangers « prennent » éventuellement le travail de chômeurs Français car on les paye à moindre frais : ces hommes ne sont pas responsables des lois et il me semble qu’ils ont bien le droit de subvenir à leurs besoins comme ils le peuvent. Non, ce que je vais évoquer ici ce sont les conditions de travail de ces ouvriers. Ils sont restés deux jours « chez nous ». Ils ne devaient en rester qu’un. Lorsqu’ils sont arrivés, à sept heures du matin, dans leur fourgon dépourvue de publicité, ils ont constaté qu’en plus d’installer 12 panneaux photovoltaïques sur un toit d’au moins 9 m de hauteur, ils allaient devoir préalablement démonter deux panneaux solaires déjà installés. Ils n’avaient pas été prévenu, c’était bien dommage, car à deux seulement, vu la hauteur et le poids du matériel, ils auraient préféré avoir apporté un échafaudage. C’est donc dans des conditions de sécurité très limitées qu’ils ont effectué ces pré-travaux. Les circonstances font que finalement à 17h45 le soir le chantier n’était pas achevé : « tout fini pour demain 1h » me dit-il alors. Ils reviennent donc le lendemain matin à 7h20. Ils ont finalement travaillé toute la journée non-stop, ils n’ont pas mangé ni fait de pause à midi. A 18h, la nuit a commencé à tomber, ils étaient toujours sur le toit, ils y sont restés jusqu’à 21h30 ! « On doit finir ce soir, on doit être à Paris demain matin pour travail ». Nous avons dû allumer les phares des voitures pour qu’ils puissent y voir quelque chose. J’ajoute qu’ils n’étaient équipés d’aucun matériel de sécurité adéquate : une simple ceinture reliée à une corde, passée par-dessus la toiture de la maison et bloquée de l’autre côté par des pierres trouvées dans mon jardin était leur seule assurance en cas de chute. Un vieux pneu pour bloquer l’échelle, pour ne pas qu’elle glisse… Quand enfin ce fut fini, ils sont repartis pour enchainer avec 600 km de route pour rentrer jusqu’à Paris. J’ai été profondément choquée par ces conditions de travail lamentables. Je crois qu’ils ne se rendaient pas bien compte que tout ça n’était pas normal.

Alors je me suis un peu renseignée sur le net. Ces deux hommes étaient semble-t-il ce qu’on appelle des travailleurs détachés, des travailleurs « low-cost » de l’Union Européenne autorisés depuis décembre 1996. Dans un article de décembre 2013 Le Figaro indique que

Malgré l’existence d’une réglementation européenne, les abus se multiplient en France. Travail dissimulé, emploi de travailleurs sans papiers, non-respect des normes d’hygiène et de sécurité: le travail détaché recouvre de nombreuses facettes du travail illégal. Rien d’étonnant, puisque la directive européenne de 1996 reste finalement assez floue sur les conditions dans lesquelles une entreprise peut avoir recours à un travailleur détaché.

De là, j’ai poursuivi mes recherches, et j’ai appris une nouvelle expression : le « dumping social ». Oui, nous étions bel et bien fasse un cas de dumping social. (Ouf, enfin, on y arrive !) Alors qu’est que c’est ? Et bien je vous réponds en citant le Nouvel Obs qui en donne une définition plutôt claire :

Le « dumping social » est la pratique de certains pays et d’entreprises, qui ont une législation et une réglementation du travail beaucoup moins contraignante que dans les autres pays. Elle consiste à employer des travailleurs étrangers à un salaire bien inférieur au salaire habituel, avec des conditions de travail moins contraignantes.[…] »Chaque jour, partout en Europe, des milliers de travailleurs détachés sont exploités comme main-d’œuvre bon marché. Un fort taux de chômage, des conditions de vie difficiles font des pays de l’est et du sud-est européen des lieux faciles de recrutement de travailleurs destinés à travailler dans d’autres pays où ils deviennent des esclaves modernes », ont expliqué les syndicats.

Nous y voilà, l’esclavagisme moderne ! C’est pas joli, joli tout ça… Alors quand, Bigorn’hom a balancé au téléphone au patron de l’entreprise (pas content parce qu’on avait pas encore payé car il y a des ardoises cassées sur notre toit) que les gars étaient encore sur la toiture à 21h passée il n’a pas fait le malin… C’est très facile de se décharger en sous-traitant mais il n’y a franchement pas de quoi être fier d’employer des gens dans ces conditions ! L’Europe a encore beaucoup de pain sur la planche pour gommer ces inégalités en matières de droit du travail, une monnaie unique ne suffit pas, une harmonisation des réglementation en matières de salaire et de conditions de travail est indispensable !

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